" cirrus lacrima"

J'étais là assise sur le sofa. Je regardais le soleil d'été mourir jetant ses derniers rayons sur cette étendue bleue. Je me perdais dans les eaux sur lesquelles ma respiration tentait de s'harmoniser. Ma poitrine montait et descendait dans une courbe sinusoïdale. J'avais cette seule envie : vouloir la maîtriser, tenter de l'apaiser, la dompter au grè de ces flux et reflux. Les conseils d'un ami montaient en moi : "Respire lentement, prends conscience du souffle qui te fait vivre. Laisse entrer l'air frais dans chaque partie de ton corps et expulse ce vent chaud doucement, délicatement comme un trésor fragile. Vis chaque mouvement de ton corps, vis chaque inspiration comme une pulsion d'énergie, vis chaque expiration comme le sentiment d'un bien-être arrivant. Chaque ondulation comme une caresse sur ton coeur..." Je restais concentrée sur mon monde intérieur mais je la sentais grandir, gronder là, juste là en moi.
Mes yeux se noyaient dans les profondeurs, je me sentais aspirée par les ténèbres aquatiques. Peu à peu je relâchais ce fil. Peu à peu je lâchais prise. Impossible .. c'était impossible.. C'était devenu une évidence. Rien ne pouvait être maîtrisé à cet instant. Plus fort qu'une méditation, mon corps me parlait et je devais l'écouter. Mon émotion dominait. A travers des mouvements clairs elle s'exprimait. Je la subissais, elle m'envahissait, elle s'emparait de tout mon être comme une eau sauvage qui dévaste un coin de paradis. Je ne pouvais plus agir, elle m'avait trouvée et je me perdais.
Je sentais en moi cet envahissement. Je prenais le temps de saisir cette sensation grandir en moi. Entre frisson et chaleur, entre assèchement et eau, mon corps devenait un oxymore. Le grondement montait, la pression s'accentuait. La poitrine à la fois serrée et légère gonflait. Peu à peu ça s'infiltrait dans tout mon corps. Peu à peu comme un tsunami, la force des eaux se répandait avec rage, avec pression, avec oppression. Elle envahissait ma poitrine. J'avais chaud , j'avais mal. J'avais du mal à respirer, mon nez me piquait de plus en plus. Ma gorge se serrait, elle s'asséchait , ma poitrine s'enfonçait dans les eaux. Mon regard devenait flou, il dessinait les vagues de sable sur les ondes de la mer. A chaque souffle la cage se resserrait. Elle m'enfermait. A chaque inspiration, la douleur m'inondait. Elle me noyait. Puis vint le trop plein. Puis vint la tempête. Je frissonnais légèrement. Ma mâchoire devenait plus lourde, plus crispée. Mon regard me renvoyait des courbes quasi invisibles. Je me perdais dans un milieu flou. Une lave translucide s'expulsait de moi par poussée sauvage. Chaque mouvement de poitrine pompait cette eau chaude, salée et amère. Je ne résistais plus, il est trop tard. je dois laisser sortir ces nuages de larmes.
Après la pluie , le beau temps. Il ne me reste plus qu'à attendre patiemment .
