Le vice et vers ça ou le chemin vers la Faucheuse

29/10/2012 22:39

            le tunnel de la Faucheuse

Tu me manques, ce tout perdu, ce vide créé, ce vide plein de rien que seuls les souvenirs viennent garnir. Ce néant empli de musiques, de parfums et d'images me nourrit de toi. Maigre repas qui me tient en vie. Cette envie de me délecter de tes yeux, de tes contours incertains, de ton sourire qui s'effacent peu à peu et deviennent dans mon malheur une esquisse. La mémoire est injuste et cruelle. Elle trie, brade, vend ce qui m'est cher. Elle sélectionne, garde et choisit les souvenirs de toi. Je la hais, je la pourvois, je la torture mais rien n'y fait. Elle a le dernier mot et moi je verse mes sanglots.

            Je pleure ton absence, je m'attriste de ce que j'ai oublié et aujourd'hui de ce qui m'aurait apaisé. Tu me manques plus encore car je sais que ton corps lui a dit oui, que ton corps nous a trahi. La Faucheuse, scintillante de blancheur, est venue frapper bien plus vite que mon coeur ne le souhaitait. Comment aurais-je pu me battre contre elle ? Comment aurais-je pu la défier? La menacer? La tuer? Cette femme si gracieuse, si belle, a des charmes indomptables. Sa robe de mousseline blanche caressant son corps parfait laissait traîner derrière elle un chemin d'étoiles. Eblouissante, rieuse, ses yeux tendres et doux t'ont séduit, t'ont savouré, t'ont susurré des mots doux. Ses mains comme une fleur ont été une invitation à la sentir, à la cueillir, à te couper. Moi là, à tes côtés, je t'ai vu lui sourire. Qu'aurais-je pu te dire pour te retenir? Qu'aurais-je pu faire pour te garder? Qu'aurais-je pu mettre en oeuvre pour te charmer? Mon corps abîmé par la souffrance, mon visage blême et terne te bramaient la fin et elle, elle te fredonnait une renaissance. Une morte vivante a tenté de te retenir à la vie. Une vivante morte t'a emmené à la mort.

            Tu me manques. Le passé s'est arrêté. Le futur nous a été volé. Moi impuissante, je t'ai vu partir souriant, amoureux de cette femme aux bras si longs. Et, moi impuissante, j'ai vu le temps me voler les derniers moments: trésor sans valeur, trésor inestimable, trésor friable. Je t'ai vu vieillir sans que moi je me sois vue grandir. Hier j'avais vingt ans de moins, tu en avais vingt de plus que moi. Dans mes yeux, tu étais un jeune homme plein de vie et de brillance. Aujourd'hui j'ai vingt ans de plus dans mon corps et tu en as quarante ans de plus à mes yeux. Les marques du temps nous ont rattrapés. Nous les avons fuies durant une partie de la vie. Mais ce chemin nous mène toujours devant ce chevet où la douce et merveilleuse Faucheuse nous attend avec ses yeux si tendres et si profonds.

Le temps est immortel et nous sommes que des mortels. Le temps est puissant. Il a le pouvoir indécent et immonde de nous dérober ces minutes, ces heures, ces joyaux de joies et de souffrances. Le temps passe et tu trépasses. Impuissante dans le combat, aujourd'hui je suis lasse. et oui aujourd"hui je sais, je sais plus encore: La vie est un vice plein de délices et qui nous conduit volontairement vers ça: la mort.

 

rencontre avec l'au dela