CRAC, BOUM, SNIF

26/04/2013 18:38

 

                C'était un soir d'été, nous nous promenions le long de la mer, les pieds foulant l'écume, le vent soufflant les cheveux, le regard loin vers l'horizon. A ce moment là, nous ne pensions à rien, nous apprécions juste l'instant. Nous étions si bien, les pieds laissant leurs empreintes éphémères, le va-et-vient des vagues nous caressant les jambes. Le temps semblait s'arrêtait alors que le ciel s'assombrissait à chaque minute, la lumière devenait orangée, la plage se vidait. Une atmosphère douce et chaude apaisait notre journée de labeur. Puis mes yeux furent attirés par ce joli coquillage bleu rosé à demi noyé par le sable. Il était comme une pierre précieuse perdue parmi les algues et les coquillages blancs et gris. Je m'approchais pour le caresser. C'était exactement en posant mes spartiates sur le sable mouillé et ma main sur ce joyau qu'il décida de craquer. D'un coup, je ne sais toujours pas aujourd'hui pourquoi il a décidé ce jour là, pourquoi il a voulu à ce moment là rompre avec moi. Pourquoi ? Pourquoi après plus de vingt ans de vie commune, après tant de bonheur partagé, il me dit à sa manière franche et gauche : « Tout est fini. J'arrête ici notre histoire ».

 

                Je ne bougeais plus : ma main sur ce coquillage, mon regard perdu dans le sable. Tout se bousculait dans ma tête : cet instant, le passé, le futur. Je ne réagissais pas. Puis les souvenirs apparaissaient les uns après les autres: notre rencontre dans ce magasin de Lille, sa présence discrète lors des résultats de ma licence de Lettres Modernes, nos sorties à danser jusqu'à l'aube. Et puis, nos voyages: il était là le soir pour me réchauffer de la fraîcheur qui nous envahissait à Rio de Janeiro, il m'avait accompagnée et soutenue lors de la montée des pyramides incas quand la peur m'avait pétrifiée, il m'avait aidée à porter mes breloques et mes colliers de graines au Belize. Je me souvenais de nos soirées bien arrosées, de nos escapades en montagne avec les appareils photos cherchant à saisir l'instant magique. Pourquoi il me fait ça à moi .J 'étais là quand il avait craqué il y a 5 ans en revenant de Venise. Je l'avais soutenu, porté, soigné. Je l'avais aidé à lui refaire une beauté, je l'avais rafistolé de l'intérieur, j'avais raccommodé ses blessures. Oui, je n'avais pas peur de le penser : il me collait à la peau, lui et moi ensemble nous ne faisions qu'un. Nous avions traversé le pire et le meilleur. Et Aujourd'hui tout est fini. Nous ne partagerons plus rien, il a décidé de me quitter. Il me faut l'accepter. Et puis, notre histoire a été à l'image de notre rupture: belle et imprévisible.

 

                Je me relevais doucement. Je mis le joyau de nacre rose et blanc dans ma poche pour mieux constater les dégâts et réaliser le non retour de notre histoire. Je pris la route le cœur serré en regardant le soleil se noyer dans la mer. Arrivée à la voiture, il faisait nuit noire. Chez nous, je pris le dernier thé en sa compagnie puis nous nous quittions juste avant que je prenne une douche . Il était tant de se rendre à l'évidence et être forte. Je le pris par la main, ouvris la poubelle et je le mis sans me retourner:

« Mon cher vieux jean, j'essayerai de te trouver un remplaçant en espérant qu'il soit aussi fort que toi ».